Le Thiof est le poisson à la base du plat traditionnel sénégalais thiéboudjenn. Le prélèvement intensif de ce poisson pour l’alimentation nationale et internationale a progressivement provoqué sa disparition. La raréfaction du Thiof a multiplié le prix par 20, le rendant inaccessible pour la plupart de la population. Il y a 4 ans des milliers de sénégalais ont fui par pirogues pour fuir la faim et la crise afin de rejoindre les îles Canaris et gagner l’Espagne – une grande partie était des pécheurs.

Cet exemple est caractéristique de la gestion contemporaine des ressources halieutiques avec des conséquences dramatiques sur l’économie locale. Le Sénégal dispose d’un plateau continental de presque 200 000 km2, son littoral est long de plus de 700 km, avec réseau hydrographique dense. On considère les côtes du Sénégal comme l’une des plus poissonneuses au monde. La pêche assure aujourd’hui presque 70% des apports en protéines animales pour les habitants. La flotte est composée de 15 000 pirogues et de 126 bateaux de pêche industriel. Le pillage des ressources locales passe aussi par les pays du nord et asiatique dans le cadre des zones d’exploitation économiques. Aujourd’hui, une mobilisation de la population a mis à l’eau les accords de pêche avec l’Union Européenne, ceux avec l’Asie reste un pré-carré du gouvernement et reste opaque aux yeux de la plupart de la population.
Lors du FSM, ces questions sont posées par des mouvements sociaux et des coopératives de pêcheurs.Des associations locales comme Océanium développe des programmes de concertation pour permettre la préservation des écosystèmes et proposer des nouvelles alternatives économiques. Jean Goepp le coordinateur des programmes pour Océanium nous a présenté une partie de ces actions lors d’une visio-conférence avec des lycéens du Lycée de la Mer de Bourcefranc de Charente-Maritime.
Océanium a lancé en 2003 une Aire Marine Protégée communautaire du Bamboung de plus de 7000 hectares. L’originalité du projet a notamment résidé dans la capacité à mettre en place cette aire avec les populations locales à 250 km au sud de Dakar dans le delta de Bamboung. Cette aire est gérée par des bénévoles des villages limitrophes. Les récentes études scientifiques ont démontré la revitalisation des espèces en voie de disparition, et l’augmentation de la biomasse. Ces exemples nous démontrent que ces initiatives locales et participatives permettent à l’échelle locale de lutter contre la disparition des ressources halieutiques. Si les initiatives peuvent être sénégalaises, on peut l’imaginer dans les pays du nord : le boycott du Thiof dans nos restaurants et magasins par exemple.