PC, Poitou-Charentes

Poitou-Charentes

Altermondialisme, autre économie, autre science

mardi 8 mars 2011 / libellé : Solidarités par Guillaume Remaud

Après l’édition 2010 qui avait recensé 133.000 personnes, le forum social mondial s’est installé sur le continent africain et la rencontre de Dakar a fourni la preuve de l’attractivité persistante de cet espace de rencontres.


Le mouvement a beaucoup évolué. Se réclamant à ses débuts de l’antimondialisation, il se revendique désormais de l’altermondialisation : la déconstruction a débouché sur des propositions. En même temps le constat d’un essoufflement est formulé par de nombreux détracteurs. Le contraste entre les attaques proférées d’une part, le nombre de participants concernés, la multiplication des forums locaux et thématiques d’autre part amène alors à se questionner. En s’éloignant des codes de la communication spectaculaire peut-être les forums ne sont-ils pas en train de s’effacer mais au contraire d’inventer une nouvelle approche de l’action publique et du changement social ?

Le mouvement antimondialiste s’est constitué autour d’une volonté de contre-expertise en réaction à l’idéologie de la société de marché. Il s’agissait de défendre la possibilité d’une discussion publique sur les trajectoires économiques contre les affirmations monétaristes selon lesquelles il n’y avait pas d’alternative après la chute du mur de Berlin. Rappelons qu’Hayek a ainsi introduit l’idée de constitution économique, c’est-à-dire d’un itinéraire économique dicté par les experts et devant être soustrait au débat des citoyens considérés comme incompétents. Cette première phase de sursaut démocratique a donc privilégié un objectif : remettre en cause l’apparente évidence des choix opérés par la plupart des gouvernements à partir des années 1980. Mais la référence à une alternative restait vague et peu convaincante. Si l’horizon d’un après-capitalisme était évoqué, les modalités de transitions vers celui-ci n’étaient guère précisées.

C’est toute l’importance du passage de l’antimondialisme à l’altermondialisme. A l’idée vague d’une alternative s’est ajoutée une prise en compte des alternatives existantes. C’est en l’occurrence une construction différente qui a commencé par le dialogue entre les sujets engagés dans des expériences sociales et leurs interlocuteurs dans le monde de la recherche et l’université comme au sein des pouvoirs publics, pour une élaboration conjointe de perspectives concrètes. Loin des déclarations générales, c’est un travail d’approfondissement qui a été entamé en particulier autour d’initiatives citoyennes voulant contribuer à une autre économie plus soucieuse du bien commun et de la défense de modes de vie menacés.

Ces initiatives intervenant pour impulser des solutions locales ont été relayées par des mobilisations qui, au-delà des frontières, s’opposent aux violations des droits et à la destruction environnementale. Leur multiplication sur plusieurs continents et leur mise en réseau dans les services de la vie quotidienne comme dans le commerce équitable, les finances solidaires ou les monnaies sociales ont amené à ce que la thématique de l’économie solidaire soit l’un des sujets principaux des derniers forums et ont même engendré le premier forum mondial de l’économie solidaire au Brésil en 2010. Contre la démesure du capital après la crise de 2008 la nécessité de nouvelles régulations et redistributions publiques a été réaffirmée.

Les initiatives solidaires délivrent un message supplémentaire, elles insistent sur l’importance des formes de réciprocité, d’entraide et d’auto-organisation qui peuvent élargir la légitimité et le champ de l’action publique en arrimant l’action citoyenne à l’action des pouvoirs publics.

La perception ethnocentrique d’un affaiblissement de l’altermondialisation gagnerait donc à être remplacée par une attention portée à la teneur des débats qui continuent. Dans ceux-ci se dessinent de nouvelles alliances entre initiatives de la société civile et pouvoirs publics allant dans certains pays d’Amérique latine jusqu’à une co-construction des politiques publiques.

C’est non seulement un nouveau paradigme de l’action publique qui se cherche mais aussi un nouveau paradigme du changement social pour une démocratisation des sociétés du XXIe siècle. Il ne repose pas sur l’éloge de modèles alternatifs idéalisés, ni sur la croyance en une intervention publique toute-puissante. Au contraire, il veut jouer sur l’interdépendance entre expériences sociales émancipatrices et changements des cadres institutionnels, législatifs et réglementaires. En cela, il pose aussi un défi à la science en démocratie. Une conception de la science surplombant la société, dans laquelle les savants détiennent le monopole de la vérité n’est plus tenable. Elle doit céder la place à des échanges entre acteurs et chercheurs dans lesquels savoirs pratiques et théoriques produisent de nouvelles connaissances par leurs hybridations. Il semble plus urgent de participer à l’émergence de ce processus que d’en dénoncer ses insuffisances actuelles.

Source : 24 février 2011, sur le blog de Jean-Louis LAVILLE

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